23 février 2010
Les dames à la licorne
Les connaissez-vous? Elles sont célèbres dans le monde entier pour leur beauté et le mystère qui les entoure. Elles sont belles et vieilles. Très vieilles. Elles sont nées vers les années 1480. La légende dit que c'est par la volonté du frère du sultan Mahomet II, le prince Lizim qu'elles virent le jour. Elles auraient été son cadeau de mariage pour Marie de Blanchefort, jeune chrétienne pour qui il eut une grande passion. Il aurait même demandé à ce qu'une des dames à la licorne ait les traits de Marie de Blanchefort :

La voilà avec une de ses suivante dans l'une des six tapisseries qui furent commandées pour elle...
Oui, on peut lire "A mon seul désir" sur la tente. Au seul désir du prince Lizim qui, après s'être converti à la religion chrétienne, put se marier avec l'élue de son coeur?
En voici d'autres qui représenteraient sa dulcinée :
Malgré leur beauté et leur finesse, ces dames furent pourtant oubliées des siècles durant. Elles traversèrent tant bien que mal les périodes agitées qui accompagnèrent la Révolution française et finirent par devenir la propriété de la commune de Boussac (dans la Creuse) au milieu du XIXème siècle.
Un beau jour de l'année 1835, un écrivain célèbre, George Sand et son fils Maurice les découvrirent, émerveillés. A tel point que George Sand leur consacra un grand article dans la revue l'Illustration puis dans Autour d'une table et dans Journal d'un voyageur. Elle se fit l'écho de cette jolie légende que je vous ai conté au début et rendit les dames célèbres.
Mais la légende fut victime de l'intérêt porté aux dames. Des spécialistes se penchèrent sur la légende et leurs mystérieux protagonistes et finirent par démontrer par A+B que les dames ne représentaient pas la même personne, même si elles étaient assez ressemblantes, et que le prince Lizim n'avait même jamais rencontré Marie de Blanchefort... Ils allèrent même plus loin en élaborant une autre théorie sur la signification de ces six tentures.
Chacune d'elle représente les cinq sens de l'Homme :
La vue :

La dame tient un miroir dans lequel se regarde la licorne et la dame regarde la licorne
L'ouïe :
La dame joue un air de musique sur un orgue portatif (et si vous regardez l'intégralité de la tapisserie, vous verrez la licorne et le lion tendre une oreille attentive)
L'odorat :
La dame confectionne une coronne de fleurs avec des oeillets et derrière elle, un singe renifle le parfum d'un oeillet
le toucher :

La dame touche distraitement la corne de la licorne (les fans de Freud s'en donnèrent à coeur joie pour interpréter ce geste... )
Le goût :
La dame regarde sa perruche porter une dragée à son bec tout en piochant dans la coupe tenue par sa servante et en bas de la tenture, un singe mange une dragée volée (le coquin)
La tenture "A mon seul désir" serait la clé de la signification des cinq tentures. Elle en donnerait la cohérence. Les spécialistes-casseurs-de-légende pensent en effet que cette simple phrase fait référence au libre arbitre dont disposent les Hommes par rapport à leurs cinq sens. Cette théorie fait référence à un texte très connu : le dialogue entre Saint Augustin et Evodius (voici un petit lien très intéressant qui vous éclairera sur cette histoire de libre arbitre). En résumé, pour Saint Augustin (comme pour Platon, et Socrate), notre volonté à faire le bien est fortement corrompue voire carrément supprimée par nos passions, donc par nos sens. Il faut donc se séparer de l'emprise qu'ont nos sens sur notre volonté pour faire le bien.
...
Vous avez suivi la logique?
Alors vous avez presque compris la signification de cette énigmatique phrase "A mon seul désir". Sur cette tenture on voit la dame se débarassant de son collier sans le toucher. Par ce geste, elle se débarasse de tout luxe et montre qu'elle peut sait maitriser ses passions. Elle en use "à son seul désir". Elle n'est plus manipulée par ses cinq sens.
Bon, évidemment, ça n'est pas la seule explication plausible à la phrase. Mais c'est la plus capilotractée ^_^
Il y en a une autre, beaucoup plus simple et tout aussi recevable. La phrase serait en fait, la devise du commanditaire...
Au fait, c'est qui le commanditaire, si c'est pas le prince Lizim? Ben c'est un type vachement doué qui a gravi les échelons de la hiérarchie sociale en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire et qui, faut bien l'avouer quand même, a été aidé par la fortune qu'avait récolté sa famille.
Bon, ledit type a un nom : c'est Jean Le Viste, quatrième du nom.
Il était pas noble et n'avait donc pas le droit de porter des armoiries (les armoiries ce sont les décors qu'on peut voir sur les bannières et les boucliers des tapisseries.
Par exemple :
)
Mais comme il était au service du roi et qu'il était super copain avec le duc de Bourgogne de l'époque, il a pu en porter même s'il n'avait pas été annobli.
Bon, mais si c'était pas un noble, mais qu'il avait plein de faveurs des plus grands personnages de France, c'était qui ce type?
A la base, la famille Le Viste était dans le commerce du drap dans la belle ville de Lyon. Mais l'aïeul de Jean IV, Jean II se fit élire au Consulat et se désintéressa peu à peu du commerce. Il devint le conseiller de Louis de Bourbon (duc de Bourgogne). Son fils, Antoine Le Viste, fit un excellent mariage trèèèèèèèèès intéressé avec Béatrice de Bussière, héritière des seigneuries d'Arcy et de Saint Christophe en Brionnais. Et notre cher Jean IV arrive la bouche en fleur de ce mariage et récolte tous les fruits des efforts de ses aïeux : il a plein de terres et d'argent et des relations haut placées!! Mais il s'arrête pas là : il obtient du duc de Bourbon une autre terre et un hôtel particulier à Paris. Et puis tant qu'à faire, autant continuer d'évoluer dans les hautes sphères du pouvoir. Alors Jean IV devient conseiller au Parlement avant d'être nommé par Louis XI à la chambre des requêtes (équivalent de la Cour de cassation) sur un poste créé spécialement pour lui. Il est aussi nommé président de la Cour des aides (qui était censé régler tous les problèmes financiers de l'Etat), ce qui fait de lui un des plus haut personnage de l'Etat et qui entraine automatiquement un annoblissement!!
Ca y est!! Jean IV Le Viste a accédé à la noblesse et peut porter des armoiries!! Et il se prive pas pour faire connaitre sa nouvelle position. Ses armoiries et sa devise, il les inscrit partout!! Vous avez vu toutes ces représentations rien que dans les 6 tapisseries? Il y en a 16!!! Allez-y comptez, vous verrez.
Et un jour, vers 1480, notre Jean IV a décidé de commander des tapisseries... Pourquoi? Bonne question, personne ne sait. Qui représentent-elles? On ne sait pas non plus. Les spécialistes pensent que ces femmes sont la représentation de la femme idéale et que donc elle ne doit ressembler à personne de l'entourage de Jean IV. C'est une hypothèse qui explique les ressemblances entre les dames...
En tout cas, ces tapisseries connurent un grand succès quand elles furent achevées : elles inspirèrent d'autres tapisseries, comme celles du duc de Bourgogne. Et depuis le XIXème siècle, elles attirent un grand nombre de visiteurs au musée de Cluny Et les fans de Harry Potter pourront les remarquer dans la salle commune de Gryffondor.
29 janvier 2010
Parce que
Parce que c'est la fin des haricots des partiels,
Parce que j'ai pas envie de me prendre la tête,
Parce que mon cerveau est lessivé et qu'il ne me sert plus à rien,
Parce que mon petit frère est abonné à un journal assez chouette qui a un site plutôt sympa,
voici un site qui fait tourner la tête et qui est assez hallucinant... Dans son genre.
J'apprécie tout particulièrement les décomptes du nombre de jours avant la fin du pétrole et du nombre de cigarettes fumées dans la journée.
23 janvier 2010
Inventions d'un autre temps
Cliquez ici, prenez un bon dictionnaire d'anglais et riez.
On a décidément rien inventé!!
Inventions 100% XXème siècle...
13 janvier 2010
The Cold song, Klaus Nomi
(Obligation de l'écouter pendant toute la lecture de cet article)
Des chansons comme celle-là, j'en connais peu. Très peu. Elle est "vieille", elle date de 1982 et est tirée de l'opéra King Arthur de Purcell. Oui, je vois votre tête d'ici « De la musique classique... Elle nous prend pour qui, celle-là? -.-' » Oui, mais... Quelle musique. Quelle chanson! Quelle voix !! Ca prend au cœur, on halète et on souffre en même temps que le chanteur. Et à la fin, on meurt. Pourquoi tant de souffrance? Bêtement parce que c'est celle, réelle de Klaus Nomi. C'est son dernier concert avant le grand saut dans la mort et l'oubli. C'est son dernier combat contre le SIDA qu'il nous fait passer dans cette chanson. C'est sa résignation, il sait qu'il y passe et il l'accepte. Mais il ne veut pas de pitié. A ce moment-là du concert, il était drogué à mort pour pouvoir ne serait-ce que tenir debout. Et il nous offre ce chant. Cette pure merveille, ce frisson de presque 5 minutes. Rien que l'intro nous met dans l'ambiance, une espèce de marche funèbre, pas très joyeuse, et rien que ça nous met le moral dans les chaussettes. Et puis la voix s'élève. Une seule qui peut passer du soprano au « général prussien (super bas, quoi).
Des mots hachés. Un souffle qui peine. Une flamme qui vacille. Et les dernières paroles « Let me, let me /Let me, let me / Freeze again... / Let me, let me, / Freeze again to death » qui tuent et emportent le dernier souffle de vie.
Un incroyable testament que nous livre là Klaus Nomi, quelques jours avant sa mort, le 6 août 1983.
Il était né en 1944 en Allemagne, le 24 janvier, si vous voulez tout savoir. Il était pas bien vieux à sa mort... C'était un autodidacte de la musique classique, même s'il avait suivi des études de musique.
Il se produisit assez tôt sur scène mais c'est en 1979 quand il fut repéré par David Bowie qui le fit chanter en tant que choriste dans une émission télévisée que sa carrière s'envola.
D'ailleurs ce fut lors de cette même émission que Klaus Nomi (son vrai nom, c'était Klaus Sperber) flasha sur le costume d'extraterrestre que David Bowie portait. Ouais, c'est sa petite vie, vous vous en fichez peut-être, mais n'empêche, il s'en inspira fortement pour créer son propre costume d'extraterrestre noir et blanc tellement original et spécial qu'il devint sa marque de fabrique.
Il s'inventa même un personnage qui venait (évidemment) d'une autre planète. Sa musique aussi venait d'une autre planète... Sans parler de sa voix extraordinaire... Il connut d'abord le succès avec The Nomi Song, puis Total Eclipse qui reste un de ses titres les plus connus, actuellement, avec The Cold Song.
Bien qu'il ait une musique assez novatrice et plutôt pop et new wave, le public préféra ses morceaux « classiques » qui mélangeaient la « musique savante » et les rythmes pop. Et surtout qui mettaient sa voix en valeur.
Mais voilà, le pauvre fut l'une des première victime d'une nouvelle maladie... On ne la connaissait pas à l'époque et elle était mortelle dans tous les cas. Le SIDA le frappa trop tôt.
Mais pas parce qu'il est mort, qu'il faut l'oublier!! (sinon, j'vous tape)
Alors rien que pour vous, petite interview du sieur à la voix d'ange :
webographie :
Je suis mort.com
wikipedia
01 janvier 2010
Jeopardy
S'il y a un auteur qu'il faut maîtriser quand on me connait, c'est bien lui :
Ouais, sa photo vous dit pas grand chose, hein? Alors si je vous dis qu'il est né en 1892 à Bloemfontein (Afrique du Sud), qu'il est mort à Bornemouth en 1973 et qu'il a séjourné un long moment à Oxford?
Oui, c'est un anglais, mais encore? Il a tout de même révolutionné le monde de la fantasy avec deux œuvres majeures une pour les enfants et une pour les adultes.
Oui, il est professeur de littérature. Je dirais même plus! Prof de littérature anglaise et anglo saxonne! Mais il a surtout été professeur de philologie. A Oxford, oui, oui! Un des plus éminents professeurs de cette université et une des plus grandes autorités en matière de philologie!
Il a beaucoup écrit dessus, notamment une édition annotée de Sire Gauvain et le chevalier vert en anglais moyen (anglais parlé entre 1150 – 1500) qu'il traduisit en anglais contemporain par la suite.
Oh, évidemment, ça n'est pas ce genre de travail académique qui le rendit célèbre au point que moi-même je le connaisse. Mais enfin, il était connu pour sa passion pour les langues. Il en maîtrisait plusieurs : le grec, le latin, le vieil anglais, l'anglais moyen, certaines langues germaniques comme le norrois et le gothique, l'hébreu, le gallois, le finnois, … Il s'inspira même des langues nordiques pour créer plusieurs langages qu'il intégra dans ses histoires.
Des langages tellement élaborés qu'ils pourraient même être parlés!
Ça vous dit toujours rien?
Bon, un indice (à peine) plus parlant : il écrivit pour un de ses fils Roverandom (publié en 1998, mais écrit en 1925).
Pas le droit de tricher en appelant google!!
Je suis généreuse, je vous donne un autre indice (le pauvre Julien Lepers s'arracherait les cheveux s'il vous posait la question) : il commença son premier best-seller par cette simple phrase : « Dans un trou, vivait un hobbit ». Aaaaah, ça y est, vous y êtes enfin!!
Oui, C'est John Ronald Reuel Tolkien sur la photo.
Eh oui, c'est lui qui a écrit Le Seigneur des anneaux! Et oui, il a aussi écrit Bilbo le Hobbit. Peut-être avez vous aussi essayé de lire Le Silmarillion, qui commence les aventures des elfes et des Hommes en Terre du milieu. Mais vous l'avez sûrement refermé bien vite, déroutés par les imbroglios de l'histoire.
Et
ceux qui ont accroché au Silmarillion
(ou qui ont été plus malins que les découragés sus-mentionnés)
se sont sans doute tournés vers les trois tomes des
Contes et légendes inachevées de Terre du Milieu.
A chaque tome, un Age de la Terre du Milieu raconté. De façon
simplifiée par rapport au Silmarillion
qui s'embrouille dans les généalogies, aventures secondaires
petites histoires individuelles qui recoupent la grande Histoire et
qui s'égare sur des personnages tous plus intéressants les uns que
les autres, et qui de toute façon n'était pas fini au moment où il
a été publié.
Mais ce qui est chouette avec l'œuvre de Tolkien, c'est qu'il y a plein de petites histoires, de recueils de poèmes et de chansons qui peuvent être lus de façon indépendante et qui se rattachent (pour beaucoup) à l'univers de la Terre du Milieu sans pour autant se focaliser sur des personnages qu'on connait déjà.
Mais mon histoire préférée, si elle fait partie du recueil intitulé Faërie, ne fait pas la plus petite allusion à la Terre du Milieu. Son titre : Feuille, De Niggle.
Ce petit récit raconte l'histoire d'un peintre dont la chose la plus importante était le tableau qu'il peignait. Un tableau gigantesque représentant un arbre. Il y travaillait depuis des années dessus, fignolant les détails à tel point que chaque feuille était différente.
Mais voilà, il avait un voisin assez embêtant, qui lui demandait sans cesse des services. Il devait donc laisser son tableau plus souvent qu'il ne l'aurait voulu.
Et puis un autre problème, de taille, le préoccupait : il lui fallait préparer un voyage. Un voyage qui ne pouvait être reporté et qui était obligatoire. Et Niggle aurait voulu finir son tableau avant de partir.
C'est un texte totalement différent de ce qu'il a pu écrire. Un texte qui pourrait être allégorique puisque Tolkien a comparé l'arbre de Niggle, jamais fini avec sa propre œuvre de la Terre du Milieu, jamais finie non plus.
Lettres, J.R.R. Tolkien, Paris, Christian Bourgois Editeur
Plein de supers liens sur Tolkien et la Terre du Milieu
16 décembre 2009
Les styles pompéiens
Avant de commencer à vous raconter les peintures murales, une petite chronologie des événements s'étant passés à Pompéi en 79 ap. J. C. est nécessaire.
En l'an de grâce 79, Pompéi était une ville de province de riches patriciens (citoyens romains). C'était une ville autonome qui ne rendait de compte à personne. Elle devait sa prospérité au commerce, au trafic maritime et à l'agriculture ; les flancs du Vésuve étant très fertiles.
Mais voilà, les dieux n'en faisaient qu'à leur tête et la déesse Tellus (représente la Terre dans la mythologie romaine) décida de se manifester par un tremblement de terre d'une telle puissance que certains bâtiments de Pompéi furent détruits!! C'était en 62 ap. J.C.
Sans se démonter, les romains reconstruisirent les maisons et autres édifices jetés à terre.
Trouvant sûrement la plaisanterie trop peu divertissante, Tellus décida quelques années plus tard (79 ap.JC.) de chatouiller le Vésuve qui explosa de rires incendiaires et recouvrit non seulement Pompéi, mais aussi les villes d'Herculanum et d'Oplontis, de cendres.
Les siècles passèrent et la région fut désertée... Seules quelques ruines affleurant çà et là témoignaient encore du drame.
Et un jour, vers 1600, un architecte du nom de Fontana, découvrit les ruines de Pompéi. Ce n'est cependant qu'en 1763 que le site découvert par Fontana fut identifié comme étant effectivement Pompéi (Res Publica Pompeianorum, de son p'tit nom latin).
A partir de ce moment, tous les archéologues et savants se précipitent sur les ruines pour s'approprier tous les trésors de la ville.
Et, pour montrer aux grands de l'époque à quel point Pompéi était un site spectaculaire, on n'hésitait pas à organiser des découvertes spectaculaires. Rien de plus facile : on ré enterrait les plus beaux objets déjà découverts, les plus curieux, les plus morbides et Oh!! Surprise!! Dès qu'un roi ou un prince (ou autre personnage ventripotent et imbu de sa personne) s'aventurait sur le site, on déterrait les objets les plus insolites et merveilleux et on les faisait admirer par Sa Grandeur.
Au XIXème siècle, un monsieur très savant du nom d'Auguste Mau a regroupé en 4 styles les peintures murales des maisons pompéiennes. Ces 4 styles se succèdent de façon chronologique, le plus ancien remontant à la fin du IIème (pour info, au IIème siècle, on est à l'époque républicaine depuis un siècle. Elle durera jusqu'au Ier siècle av. J. C. J'y reviendrai plus tard).
Le 1er des 4 style a un nom très original : c'est le 1er style... OK, il est aussi appelé "style à incrustation". Il est très influencé par l'architecture grecque.
Des 4 styles, c'est le plus rare. Et c'est bien normal quand on sait qu'il est apparu vers le IIème siècle av. J.C. et qu'il avait quelque chose comme 3 siècles quand le Vésuve s'est réveillé!
Pourquoi "style à incrustation"?
tout simplement parce que ça n'est pas de la peinture murale, mais un décor réalisé en stuc (une sorte de plâtre) qui permettait de donner du relief à la paroi.
Le stuc permettait ainsi de réaliser des vrais faux plaquages de marbre pour reproduire les moellons en (vrai) marbre massif qu'on pouvait observer sur les temples grecs. Le 1er style est donc essentiellement une imitation en plâtre d'un mur extérieur sur la paroi d'un mur espace intérieur.
Pitit exemple, ça sera plus clair :
Ici, on est dans la maison de Salluste. La photo nous montre en premier plan le tablinum (bureau ou le maître de maison traitait affaires. C'était une pièce largement ouverte sur l'atrium) et en arrière plan, l'atrium. L'atrium est LA pièce principale des maisons romaines : c'est là où on expose le portrait des ancêtres de la famille, là où on organise les réceptions, là où le maître de maison reçoit les invités de toutes classes sociales et de toutes sortes. Même les importuns!
Ce décor est assez représentatif de ce que peut être le 1er style : on voit nettement le relief des plaques de stuc, mais en plus chaque plaque a une couleur différente!! Pas très malin quand on essaie d'imiter un plaquage en vrai marbre. Cependant, ceux qui ont de bons yeux pourront s'apercevoir que sur les plaques de stuc colorées en beige, le peintre a poussé le détail au point de faire des petites veines plus colorées.
Le 2ème style est aussi appelé "style architectural". Ce style est lui même divisé en 2 phases (bah oui, faut bien compliquer un peu, sinon c'est pas drôle)
La 1ère phase , dite "phase architectonique" dans un des cubicula (chambres à coucher en langage courant) de la Maison des Noces d'argent :
Vous le constatez aisément, y a comme une p'tite différence avec la photo précédente... Si, si!! vous pouvez voir que ce qu'il manque, c'est pas du stuc, mais de la peinture!! On garde le motif des plaques de marbres (aussi appelées orthostates quand les plaques sont plus larges que hautes et lésènes quand elles sont plus hautes que larges. M'enfin, c'est pas le plus important), mais maintenant, on les peint.
Eh oui, les romains ont fait des infidélités au stuc qui s'est donc fait la malle. Maintenant, on ne crée plus de relief, on crée des illusions sur la paroi.
Vous avez vu? Y a des colonnes qui passent devant les orthostates rouges bordeaux. Et ces mêmes colonnes sont placées sur un socle.
La 2ème phase du IIème style pompéien (faut suivre, faut suivre!!) est appelée la "phase scénographique".
On retrouve les motifs architecturaux, mais ce ne sont plus les temples grecs qui sont les modèles, mais les palais et théâtres. Ce type d'architecture permet "d'ouvrir" la paroi sur des paysages ou des intérieurs totalement irréels.

Voilà 2 exemples de cette phase, histoire de vous montrer cette histoire d'ouverture de la paroi : Photo de gauche : villa de Fannius Synistor (quel nom, le pauvre) à Boscoreale (autre victime du Vésuve) et à droite, Villa des Mystères, à Pompéi.
On a un bel effet de 3D dans la photo de droite non? L'illusion est parfaite!!
Par contre, vous remarquerez aisément que le trou pour la fenêtre a été percé sans tenir aucunement compte du décor. Du coup, ça casse un peu l'effet de perspective et de profondeur.
Le 3ème style est le seul qu'on puisse dater avec précision. Sa première utilisation remonte à 12 av. J. C. On l'a trouvé dans une pyramide funéraire dans la belle ville de Rome.
Pour ce style aussi, on détermine 2 phases : 12 av. J.C à 14 ap. J.C. et à partir de 14 ap. J.C.
La 1ère phase est caractérisée par ce qu'on appelle une "fermeture" de la paroi (parce qu'il y avait trop de courants d'air).
Les colonnes sont remplacées par des candélabres (sortes de chandeliers) et des hampes entre les panneaux qui eux-mêmes remplacent les orthostates (vous vous souvenez de ce mot barbare?)
Les décors sont minimalistes : des figures volantes ornent désormais ces panneaux. Ça peut être toutes sortes de personnages : des muses, des Amours,... Et l'on constate même un certain goût pour les décors égyptisants! Pourquoi? Parce que c'est politique : ça rappelle la victoire d'Auguste sur Cléopatre et Marc-Antoine qui a pour conséquence de soumettre l'Egypte et d'en faire une province romaine.
Exemple!!
Villa d'Agrippa Posthumus, Boscotrécase.
Munissez vous d'une loupe et regardez bien le décor au centre... Mais oui!! C'est des palmiers!! Parce que c'est une scène qu'on dit égyptisante. Elle reprend des éléments de paysage qu'on trouve en Egypte : Nil, crocos, palmiers / dattiers... Remarquez au passage que l'effet de perspective n'est pas abandonné : le bandeau dans la partie supérieure "recule" dans la paroi.
Passons à la 2ème phase du IIIème style. Et là, vous pouvez désespérer, vous avez le droit : parce que la mode aux motifs architecturaux revient!!
Bon, je vous rassure, c'est pas tout à fait aussi envahissant que pour les 1er et 2ème styles :
Villa de Marcus Lucretius Fronto, Pompéi. Il y a juste 2 ou 3 petites choses qui changent : remarquez les tableaux latéraux sur fond noir (on les appelle "édicules") ils sont accrochés à des hampes ; héritage de la 1ere phase du IIIème style. Les représentations sont assez peu intéressantes, ce sont des motifs architecturaux. Le panneaux central, montre les amours de Mars et Vénus. Passage mythologique des plus célèbres!!
Petite parenthèse pour ceux qui connaissent pas l'histoire : Vénus, déesse de la beauté, était mariée à Héphaïstos, dieu difforme de la métallurgie. Mais Vénus devait trouver que les cornes du cocu allaient bien à son mari et elle ne se gênait pas pour le tromper avec le fougueux dieu de la guerre, j'ai nommé Mars.
Mais même si la discrétion était de mise, cela se sut!! Et Héphaïstos comptait bien faire revenir la belle dans le lit conjugal. Il eut alors l'idée de créer un filet dont on ne peux pas sortir. Aussitôt pensé aussitôt créé.
Il tendit un piège aux amants et dès que ceux-ci se furent rejoints dans le lit, Héphaïstos fit tomber le filet sur eux et tout l'Olympe put rire de la farce (et aussi d'Héphaïstos, mais pas trop quand même, il est costaud, le gaillard). Mars fut tellement vexé qu'il ne revit plus Vénus et la déesse se tint tranquille pendant un moment, elle aussi.
voilà. Passons donc au dernier des 4 styles si vous n'êtes pas mort, ni ennuyé (mais dans ce cas, chapeau!! Parce qu'il est long ce post!! Et peut-être pas si intéressant que ça, après tout)
Ce 4ème style commencerait dans les années 40 ap. J. C. et se finirait dans les année 90 ap. J.C. C'est un mélange du 2ème et du 3ème style : le trompe l'œil revient et on garde les décors architecturaux. Les scénographies qu'on a pu voir dans le 2ème style reviennent aussi.
Domus Aurea, Rome. La Domus Aurea ou Maison Dorée était le palais que s'était fait construire Néron après l'incendie de Rome dans les années 60 ap. J.C.
Vous avez remarqué que les colonnes sont en trompe l'oeil? On a une impression de profondeur renforcée par les ombres et les colonnes en arrière plan, juste derrière les colonnes du premier plan. Les scènes bucoliques sont contenues dans le tableau au centre du panneau.
Et voilà!! Enfin fini!! Vous pouvez aller racheter des yeux, ils sont tous rouges à force d'avoir regardé l'écran de trop près!!
En tout cas, si vous en arrivez là, vous en saurez autant que moi (ou presque, j'ai pas mis tous les exemples ni les descriptions et analyses) sur les styles pompéiens. De quoi vous donner des idées de redécoration?
12 décembre 2009
Début
Parce qu'il y a toujours un début et qu'il y aura forcément une fin.
Et pour ce blog là, que le début commence mal, vu que c'est "un bébé" dont je voulais pas. Mais chose promise chose due et comme j'aime pas le travail mal fait, j'essaierai de l'alimenter au mieux.
Je n'attends pas trois tonnes de commentaires, je n'attends même pas de visite. Mais comme on me réclame souvent des articles je les posterai ici, ça sera plus simple pour tout le monde.
Sur ce, place aux blablas pas intéressants qui vous passionnent tant et que j'adore.





















